Pas consigne de vote pour l'UOIF
L'UOIF invite les musulmans à se faire entendre
LE BOURGET (AFP), 17:28
Plaidoyer pour un islam citoyen et fidélité aux traditions, l'Union des organisations islamiques de France a profité de son rassemblement annuel au Bourget (13-16 avril) pour faire entendre sa voix avant la présidentielle n'hésitant pas à épingler certains candidats.
La participation à la vie sociale a été le maître mot de ce rassemblement. Dans son discours de clôture, le président du mouvement, Lhaj Thani Breze, a d'ailleurs évoqué la "double appartenance" des musulmans à l'islam et à la nation française.
Le premier vice-président du mouvement, Fouad Alaoui, parlant des "choix" pour la présidentielle, a invité sur tous les tons les musulmans à se rendre aux urnes, mais sans donner de consigne de vote précise.
Après avoir énuméré les critères essentiels ("pas seulement les intérêts de notre communauté de foi" mais aussi "les intérêts de notre société, de notre pays") pour se déterminer, il a toutefois écarté "le vote pour les extrêmes".
Il a critiqué Nicolas Sarkozy, pour avoir parlé des moutons égorgés dans la baignoire et stigmatisé la jeunesse des banlieues, et aussi Ségolène Royal, déplorant qu'elle oppose le port du voile à la liberté des femmes.
Seul François Bayrou, qui s'affiche comme "catholique pratiquant laïc", a été épargné par les critiques de M. Alaoui.
L'UOIF a aussi évoqué des critères de choix électoral liés à la situation internationale: nécessité de régler la crise humanitaire au Darfour mais sans toucher à l'unité du Soudan, rappel que la france "ne doit pas renoncer à sa politique pro-palestinienne", prise de position en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'Europe...
Plus généralement, les divers orateurs ont plaidé en faveur d'une implication dans la vie de la cité en même temps qu'un respect du Coran.
Le Coran, ont-ils affirmé, n'est pas hostile au progrès scientifique, ni à la démocratie, ni au rôle actif des femmes, il enseigne la tolérance à l'égard des non-musulmans, il n'interdit pas la réussite sociale et économique.
C'est le "devoir des musulmans" d'encourager la réussite scolaire, la réussite économique, qui donnent plus de chances d'intégration, a déclaré l'imam de Bordeaux, Tareq Oubrou.
Lundi le conférencier Cheikh Abdallah Basfar a été encore plus directif : "Il ne suffit pas d'apporter sa voix aux élections, il faut s'engager (...) syndiquez-vous, adhérez à des associations, à des partis politiques".
Mais tout au long de ces rencontres, le sujet le plus sensible est resté la question du voile à l'école, son interdiction étant vécue comme un ostracisme justifiant le développement d'écoles privées musulmanes où "on suit les programmes de l'éducation nationale, dans le respect des principes de l'islam" et où le port du voile est autorisé, comme l'a dit le président du mouvement, Lhaj Thani Breze.
Samedi, Hani Ramadan, petit-fils de Hassan El Banna, fondateur des Frères musulmans égyptiens, lui même considéré comme plutôt radical, a évoqué "la phobie de l'islam" qu'il attribue à l'Histoire, à "l'impérialisme économico-politique", à "l'ignorance et l'incompréhension". Il a lui aussi appelé à voter "en tant que citoyen français et pour défendre les intérêts de la communauté musulmane".
Le rassemblement s'est achevé par une déclaration du président du mouvement, Lhaj Thani Breze, qui a salué le "climat fraternel" et l'"intense spiritualité" de cette réunion. Les participants "ne se reconnaissent pas dans les discours de rejet, ni dans une lecture radicale de l'islam", a-t-il estimé, évoquant un enseignement de tolérance du Coran.